Sommet Mondial du Numérique 2012

Le 2ème Sommet Mondial du Numérique s’est déroulé à Paris le 13 avril 2012. Cet évènement, organisé par le Groupe Jouve et le CIGREF, a réuni nombre de dirigeants d’entreprises et personnalités de renommée mondiale, pour leur permettre de partager leurs expériences et leurs perceptions des nouvelles stratégies d’entreprises, dans un contexte socioéconomique migrant vers le numérique.

Cet évènement a été suivi et conclu par Jonathan Spector, Président Directeur Général du « Conference Board », organisation mondiale rassemblant les dirigeants des plus grandes entreprises internationales afin de « partager les connaissances pratiques dont elles ont besoin pour améliorer leur performance et mieux servir la société ». Le Conference Board est également un centre de recherche influent. Jonathan Spector s’est déclaré ravi d’avoir été présent à ce Sommet.

C’est Philippe Bloch, Fondateur de Colombus Café, qui a animé la journée et accueilli les intervenants :

Pour une nouvelle culture numérique…

Scientifique et astronaute, c’est au titre de Présidente d’Universcience que Claudie Haigneré a présenté sa vision sur la révolution numérique que nous sommes en train de vivre. Pour elle, cette révolution nous ouvre la voie d’une nouvelle civilisation numérique et d’une nouvelle culture numérique. Cette culture est porteuse d’autres types d’intelligence, elle exige désormais des compétences créatives et collaboratives. Les acteurs de cette nouvelle civilisation sont aujourd’hui ceux que l’on nomme « Digital Natives », des immigrants numériques et des sans-abri numérique !

Les données sont « le nouveau pétrole du 21ème siècle ». La protection de nos informations, de notre vie privée s’inscrit comme une nouvelle préoccupation. Une autre menace est à considérer, celle de la déshumanisation : l’accès aux outils numériques vs excès d’outils numériques !

Pour Claudie Haigneré, la question qui se pose aujourd’hui n’est pas « quelle Terre souhaitons-nous laisser à nos enfants » mais « quels enfants nous voulons laisser sur cette Terre » !

Nouveaux modèles de gouvernance pour l’entreprise numérique

Penser de nouveaux modèles de gouvernance est désormais devenu un enjeu stratégique pour les entreprises et les organisations publiques. Les personnalités invitées à s’exprimer sur ce sujet remarquent notamment que si en France, nous avons beaucoup investi sur les équipements routiers, investir aujourd’hui davantage dans le numérique permettrait de moins se déplacer ! L’important c’est de créer un bon écosystème…

Le monde du numérique s’accélère, ce qui change radicalement nos façons de faire. Notre influence dépend du nombre de relations que nous avons. Sur internet une marque est une personne. En termes d’influence, c’est encore plus vrai pour la marque. Nous pouvons  presque tout tester sur Internet maintenant, d’où l’importance de la prise par les clients et contacts sur la conception des produits et services. Il faut aussi laisser aux entreprises la capacité d’essayer, d’échouer, d’apprendre de leurs échecs. On connait rapidement l’efficacité des campagnes numériques, dès lors, nous sommes en mesure de changer rapidement ce qui ne va pas. Les entreprises sont invitées à « créer leur lagon dans l’océan internet… » !

Faire preuve de transparence est la marque du numérique !

Globalement, pour l’ensemble des intervenants, faire preuve de transparence est la marque du numérique et de cette nouvelle culture !

Le nouveau management d’une entreprise numérique sera horizontal, nous devons apprendre à travailler de manière décentralisée, les dirigeants doivent changer leurs comportements. Vouloir tout contrôler désormais serait la mort de l’entreprise.

Tout le monde a longtemps parlé de l’importance de l’accès à internet, aujourd’hui l’important, ce sont les usages. Il faut préserver la liberté d’expression sur internet, ce qui est un de ses principaux moteurs. Des menaces directes, mais aussi des menaces indirectes, parfois avec de bonnes intentions, pèsent sur cette liberté d’expression.

Quid de la numérisation ? Sans connaître le passé, nous ne pouvons pas construire l’avenir, c’est notamment pourquoi l’UNESCO travaille à la protection du patrimoine documentaire. L’objectif est d’éviter « l’Alzheimer numérique » ! Une politique de numérisation doit être définie, en effet, est-il nécessaire de tout numériser ? Matériels et logiciels risquent de devenir vite obsolètes.

Dans sa dimension pédagogique la culture numérique  requiert des  professeurs compétents sans lesquels l’impact de la technologie reste quasiment nul. Il importe d’identifier des méthodes et ressources pédagogiques performantes.
Innovation et croissance, nouveaux produits, nouveaux services

Comment les nouveaux usages numériques, les réseaux sociaux, la mobilité, le cloud et le crowdsourcing créent-ils de nouveaux produits et services ?

L’innovation qui doit être véritablement une innovation ouverte. Le crowdsourcing est évoqué comme étant la « sagesse collective ». La marque doit demander à tout le monde, clients, fournisseurs, salariés, ce qu’ils pensent : « Impliquez le public, n’essayez pas de conserver le contrôle, il faut une innovation totalement ouverte, sinon cela ne fonctionnera pas.  Soyez totalement ouvert !… Engagez-vous correctement et à fond, demandez toujours moins que ce que vous êtes prêt à donner ».

De plus en plus, la protection de la propriété intellectuelle est un des points cardinaux de l’innovation.

Bruno Ménard, Vice-président du CIGREF et CIO Sanofi, pointe l’exemple de Nike qui a posé des capteurs numériques dans ses chaussures de sport. L’entreprise ne sait sans doute pas encore si elle va pouvoir générer des revenus grâce à cela. Mais elle attire ainsi d’ores et déjà davantage les consommateurs sur sa plateforme. Or, capturer une partie du temps de l’internaute s’inscrit aujourd’hui dans un nouveau modèle d’affaire numérique. Virtualiser les modèles d’affaires existants vs création de nouveaux modèles d’affaires pour passer d’une logique de produits à une logique de besoins holistiques des clients. Il ajoute : « Claudie Haigneré a parlé de passer des atomes aux octets, j’ajouterai aux liens ! ».

Actuellement, les meilleures pratiques ne sont pas encore dans l’entreprise, elles viennent de l’extérieur. Une grande entreprise fonctionne différemment. La Fondation CIGREF vient de  vient de publier deux premières synthèses des premiers résultats de ses travaux : « modèles d’affaires, coproduction de valeur & systèmes d’information » et « modèles d’affaires dans l’espace numérique ». C’est un changement culturel fort !

Pascal Buffard, Président du CIGREF et d’AXA Group Solutions a conclu ce Sommet Mondial du Numérique en remarquant qu’au cours de cette journée nous avions beaucoup appris les uns des autres. « J’irai faire connaitre les leçons de cette journée dès demain matin à Deauville où se déroule conjointement l’IT for Business Forum dont le CIGREF est également partenaire ». Quelques-uns des points importants relevés par Pascal Buffard :

  • Dans le monde numérique, aller vite est aussi important qu’être intelligent
  • La transparence est une valeur essentielle de la culture numérique
  • La réputation des organisations est une dimension importante
  • Le leadership du dirigeant numérique doit être plus motivant qu’imposant
  • Les entreprises doivent se repositionner dans la chaine de valeur

Reprenant la métaphore de l’un des intervenants, il ajoute : « le CIGREF est un réseau de grandes entreprises, il œuvre pour contribuer à l’émergence de la culture numérique., conscient que nous devons nous réinventer. Alors, peut-être vaut-il mieux être David que Goliath, mais en paraphrasant Louis Gerstner, l’ancien président d’IBM : qui a dit que les éléphants ne pouvaient pas danser ? ».

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Une réponse à Sommet Mondial du Numérique 2012

  1. Tru Dô-Khac dit :

    “la protection de la propriété intellectuelle est un des points cardinaux de l’innovation”.

    Pas seulement pour l’innovation. La propriété intellectuelle est simplement cardinale.

    Et effectivement, pour imaginer le numérique, on peut s’inscrire dans deux scénarios extrêmes :
    (1) la propriété intellectuelle est maintenue
    (2) la propriété intellectuelle est abolie.

    D’ailleurs, on retrouve ces scénarios dans deux des trois scénarios identifiés par les équipes de recherche du programme ISD [1].

    En attendant des évolutions hypothétiques du droit et de la régulation, il convient de respecter le Code de la propriété intellectuelle notamment dans le BtoB où les propriétés intellectuelles sont exploitées à des fins commerciales : il s’agit d’éthique des affaires, de loyauté et de responsabilité vis-à-vis de l’écosystème.

    Ainsi, en gestion des transactions commerciales, il conviendra d’instruire les collaborateurs acheteurs ou prescripteurs de l’entreprise, non pas en compétences pointues de juristes accomplis dans les subtilités de la L122-5, mais en procédures qui relèvent du bon sens et en outre devenues simples à mettre en oeuvre avec le numérique.

    En présence d’une proposition commerciale mettant en avant l’exploitation de propriétés intellectuelles [2], il convient d’abord de mener quelques recherches sur le net dont quelques clics fournissent souvent des résultats pertinents depuis que les moteurs de recherche ont rééquilibré dans leurs algorithmes popularité d’une part et originalité d’autre part.

    En cas de risques d’utilisation indue via le prestataire de propriétés intellectuelles de tiers, le prescripteur ou l’acheteur devra
    – demander l’appui de la direction de système d’information, du RSSI et/ou de la direction juridique
    – étudier la propriété intellectuelle en question et son propriétaire présumé….

    [1] “Modèles d’affaires, coproduction de valeur et systèmes d’information“, Fondation CIGREF
    [2]”La propriété intellectuelle au niveau stratégique de l’entreprise”, Tru Dô-Khac, le Cercle Les Echos

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