Le Numérique a aussi son Printemps…

Printemps-numerique-2014Préparer le terrain pour renouer avec la croissance 

Pour le Numérique, cette belle saison est un « forum des pratiques digitales » dont le CIGREF est partenaire… Cette seconde édition vient de se tenir au Centre de l’innovation de l’Université de Technologie de Compiègne.

Pour Yves ROME, Sénateur, Président du Conseil général de l’Oise et Président d’honneur de Printemps du Numérique, il est important : « …d’échanger et de développer une réelle vision stratégique autour des pratiques en émergence… s’adapter au « monde connecté », pour ouvrir le champ des possibles et inspirer les innovations futures… Ce sont là les leviers pour créer de la valeur, développer les territoires et renouer avec la croissance ».

La transformation numérique, un enjeu vital pour l’entreprise

Jean-François PEPIN, Délégué Général du CIGREF, est venu expliquer que la « transformation numérique » est en effet non seulement un des leviers pour renouer avec la croissance, mais aussi un enjeu vital pour le développement économique, social et humain de notre société : 

« Il convient de comprendre dès aujourd’hui les transformations émergentes afin d’accroître demain la valeur et la compétitivité de nos entreprises, leur potentiel d’innovation, et plus largement contribuer ainsi au développement économique, social et humain de notre société.

Au sein d’une économie de plus en plus numérique, il importe de penser la manière dont les entreprises doivent modifier la façon d’aborder leur stratégie d’entreprise, leurs processus et leurs structures internes, sans compter leur approche de développement des produits et services ».

Il précise aussi qu’avec le numérique, on entre dans une quatrième dimension, la dimension culturelle, rappelée dans l’ouvrage du CIGREF « Entreprises & Culture Numérique » (téléchargeable gratuitement).

Il attire l’attention sur l’importance de la sémantique de l’expression « transformation numérique ». Le terme transformation est à prendre au sens strict, même s’il peut paraitre violent : « Transformer c’est donner une nouvelle forme. Ce qui s’impose aujourd’hui, ce n’est pas une simple transition incrémentale. Les entreprises ont fait cela depuis leur origine, elles se sont adaptées par étapes. Ce ne sont pas des améliorations de l’existant par l’intégration d’outils numériques nouveaux, ni même des améliorations organisationnelles, et encore moins une simple adaptation du modèle économique. Ce dont on parle c’est d’une véritable évolution disruptive, donc d’une rupture radicale et sans doute irréversible.

Cette évolution disruptive impacte au moins trois domaines fondamentaux pour l’entreprise : les modèles d’affaires, la manière dont l’entreprise pense sa stratégie ; le management qui induit une nouvelle forme de leadership et le regard que l’on porte sur la notion de risque liés aux systèmes d’information.

Une autre rupture fondamentale vient de l’expérience client qui remplace le produit : « cela parait peu de chose, mais jusqu’à maintenant, lorsque l’on tentait de définir l’entreprise, elle apparaissait avec des frontières bien maitrisées. Aujourd’hui, on pourrait la qualifier d’interface qui se définit plus par le nombre d’utilisateurs clients que par le nombre de ses salariés… ».

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Pour que les objets parlent aux objets…

Anne-Sophie BORDRY, Présidente du Think Tank « Objets connectés et intelligents », a fait le point sur les impacts qu’ont et vont avoir les objets connectés dans la vie des citoyens et des entreprises. Elle signale que dès l’an prochain il y aura plus d’objets connectés que de téléphones portables !
La multitude de ces objets connectés, tant par leur nombre que par leur diversité, est en train de bouleverser notre environnement quotidien et provoque une mutation complète de nos usages tant privés que professionnels.
Elle attire aussi l’attention sur l’impérieuse nécessité de créer des normes1 qui permettent à l’ensemble des objets de communiquer entre eux. En effet, leur nombre ne permettra pas aux humains de suivre individuellement chacun de ces objets. Ils doivent pouvoir échanger les uns avec les autres. Pour cela ils sont tributaires de standards.

Réinventer le travail par tous les temps…

Xavier DALLOZ, expert et inventeur du concept atawad2, explique comment cette nouvelle saison numérique fait germer ce qu’il appelle le « travail augmenté ».
Il insiste sur le fait que cette évolution ne passe pas par « une automatisation de passé, il faut réinventer le travail ». Le travail sera lié à un style de vie numérique. Il sera influencé par de nouveaux espaces, par des contraintes de temps, de distance.
La relation entre les individus devient déterminante. Il est préférable de parler « d’intelligence collaborative » plus que d’intelligence collective.
L’élément principal vers ce travail augmenté, est le temps succession de temps : privés, professionnels, contraints… et c’est cette interpénétration des temps qu’il va falloir valoriser.
Et comme le client fait désormais partie de l’entreprise, cela bouleverse le rapport au temps et à l’espace au travail. De fait, en tous temps le contact devient stratégique.

Le système scolaire français à l’épreuve de la civilisation numérique

Eric VERHAEGHE, Essayiste, fondateur du cabinet Parménide, a évoqué le « paradigme caché de l’intelligence » tel qu’il résulte de l’Ecole en France. Fondé sur l’intelligence cartésienne du « cogito ergo sum3 », il fabrique des intelligences individuelles. La rationalité étant un acte individuel. Ce modèle fonctionne très bien dans les Grandes Ecoles qui fabriquent des gens brillants au regard du cogito cartésien.
Pour lui, le problème vient de ce que la civilisation du numérique relève d’un acte totalement différent du cogito. C’est un acte de coopération intersubjective : pour réussir dans le numérique, il ne faut pas des individualités qui pensent chacune dans leur coin, il faut des gens qui coopèrent pour fabriquer une construction collective. Le savoir-être, pour réussir dans la civilisation du numérique, est aux antipodes de celui que l’Ecole française valorise et dont l’enseignant est lui-même le paradigme.
Selon lui, sans changer le système scolaire français et le principe d’intelligence individuelle, nous aurons du mal à adapter notre école à la civilisation numérique. On doit passer d’un modèle de rationalité à un modèle de coopération et faire évoluer la représentation-même que nous avons de l’intelligence.
Pour Eric VERHAEGHE, l’Education nationale en France est bloquée par une inertie liée à son organisation. Tôt ou tard, penser l’économie de demain obligera à peser sur la machine pour obtenir sa reconfiguration. Les entreprise ne pourront pas dire à leurs clients : vous voulez tel service, mais ce n’est pas possible, on ne trouve pas la main-d’œuvre pour le faire, elle n’existe pas en France ! Pour cela, il préconise la privatisation de l’école, solution douloureuse mais indispensable pour parvenir à faire la transformation numérique du pays.

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Cet article s’appuie sur les notes prises pendant les interventions, avec tous les risques d’interprétation que cela induit. Il n’engage pas les personnes citées.

1 Une étude réalisée par le programme de recherche international de la Fondation CIGREF : « Optimiser la gestion des normes IT en entreprise »
2 anywhere, anytime, any device
3 Formule du philosophe René Descartes, dans le « Discours de la méthode » (1637). Le Cogito est décliné comme un élément essentiel de la pensée cartésienne.

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Un commentaire
  1. Merci pour ces quelques notes que vous nous retransmettez ici.

    Effectivement, l’entreprise, comme tout le reste de la société d’ailleurs, doit s’adapter aux évolutions de notre monde moderne.

    Il est beaucoup question des objets connectés ces derniers temps. On entend souvent parler également du télétravail… Toutes ces notions mises bout à bout font que l’entreprise de demain n’aura que peu de rapport avec celle d’hier.

    Merci encore pour votre synthèse.

    Bonne continuation,
    cordialement.

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