Une transition “iconomique”… pour l’Entreprise Numérique

transition-iconomiqueLe point de vue des
« Experts de l’Iconomie » pour réinventer
la croissance

La croissance est plus que jamais un enjeu majeur pour les entreprises et pour la société en général. Enjeu majeur à la fois pour faire face au contexte économique difficile mais aussi aux ruptures, induites par le numérique, avec les modèles d’affaires traditionnels sur lesquels reposent l’économie. Mais, si le numérique impose des ruptures, il peut être porteur de cette croissance à laquelle chacun aspire, pourvu que l’on sache vivre cette transition socioéconomique qu’il génère : une transition iconomique !

intervenants-iconomie2014-cigrefLe CIGREF, en tant que Réseau de grandes entreprises, s’est donné comme mission d’accompagner la transition numérique de nos entreprises et, de fait, la croissance. C’est dans cet esprit qu’il s’est associé à l’Institut de l’Iconomie et au Groupe Xerfi pour l’organisation d’une conférence : « transition iconomique, nouvelle vague de croissance » afin de recueillir l’avis des experts de cette Iconomie…

  • Pascal Buffard, président du CIGREF
    L’Iconomie : une affaire de culture numérique !
  • Laurent Faibis, président de Xerfi
    Iconomie et mutations des stratégies et des organisations des entreprises
  • Aurélien Duthoit, directeur des synthèses, Precepta
    Energie et iconomie : transition énergétique et optimisation
  • Isabelle Senand, directrice d’études, Precepta
    Distribution et iconomie : la mutation des centres commerciaux
  • Alain Marbach, président-fondateur d’Elée
    Informatisation et iconomie : des systèmes d’information efficaces et performants
  • Sophie Pellat, partner IT Translation
    Financement des start-ups : de l’invention à l’innovation
  • Vincent Lorphelin, président de Venture Patents
    Entreprises et iconomie : des acteurs du rebond français
  • Olivier Passet, directeur des synthèses économiques, Xerfi
    La transition iconomique et l’avenir du système productif de la France
  • Michel Volle, co-président de l’Institut de l’Iconomie
    Agir pour l’iconomie : quelle stratégie adopter ?

L’Iconomie : une affaire de culture numérique !

Pascal Buffard, Président du CIGREF, explique et en quoi cette incontournable « transition iconomique» doit permettre de réinventer la croissance et comment elle s’inscrit dans le prolongement des engagements du CIGREF concernant la Culture Numérique d’Entreprise… (eBook gratuit).


Vidéo réalisée par Xerfi Canal.

Iconomie et mutations des stratégies et des organisations des entreprises

Laurent-FaibisLaurent Faibis
Président de Xerfi
Interview vidéo Xerfi Canal

« Je voudrais tenter de vous vous convaincre que ce basculement dans un nouveau système de production et de consommation est déjà engagé. Nous sommes déjà dans la transition Iconomique. Cette transition peut constituer une fantastique opportunité pour une puissance économique intermédiaire comme la France. Mais pour cela, il faut en décrypter le sens et les enjeux, bâtir une stratégie, nouer les bonnes alliances, imprimer une volonté tournée vers l’action. Face à cette ardente obligation, il faut sortir des débats stériles du passé et des lamentations déclinistes… sur toute une série de plans, celui des produits, des transactions, des comportements de consommateurs, du fonctionnement des organisations, des modèles d’affaires, des formes de concurrence, des économies d’énergie, c’est bien un nouveau monde qui est en train d’émerger. La « transition Iconomique » ouvre très grand une fenêtre d’opportunité séculaire.
D’abord parce que l’innovation technologique s’accélère de façon exponentielle. Chaque secteur, même le plus mature, a aujourd’hui l’opportunité de se réinventer…

Nous entrons en fait dans un monde où la matière se programme et acquière quasiment la même fluidité que l’information. Un Big Bang aussi considérable que celui précurseur de la finance des années 80…

Il faut imaginer ce qui va venir si l’impression 3D et l’accélération des progrès de la robotique tiennent leurs promesses. Cette hyper-fluidité favorise l’irruption de nouveaux intermédiaires, de nouveaux courtiers de biens et de services. La concentration de pouvoir, la capacité d’extraire de la valeur de ces plateformes devient telle, qu’elles deviennent de véritables « sur-traitants »…

Cette évolution est bien sûr inquiétante. Mais, si on y réfléchit bien, elle permet aussi à tout créateur, même isolé, de prototyper, de se procurer la logistique nécessaire à la diffusion de ses produits, d’atteindre des prestataires et des consommateurs dans le monde entier. Et de le faire avec une mise de fond et une prise de risque raisonnables…

Cette grande transformation économique et sociétale émerge dans tous les domaines. Elle voit se multiplier les objets connectés à nos smartphones. Des smartphones qui ne constituent que les prémices de l’internet des objets. Observez par exemple la lutte que se livrent Google et Apple pour pénétrer les systèmes d’exploitation de l’automobile. Regardez comment Google fait irruption dans le monde des constructeurs avec sa Google car. Et oui, c’est un acteur du Web qui impulse l’innovation dans le domaine industriel. C’est Google qui tente de réinventer la mobilité grâce à sa capacité à gérer des volumes gigantesques de données, les fameux big data. C’est la pieuvre Google qui contracte déjà des partenariats avec Audi, GM, Honda et Hyundai. Voilà déjà un exemple édifiant des nouveaux enjeux d’alliages, je devrais dire de fusion entre produits et services, mais aussi des nouvelles stratégies de co-opétition internationales…

Bien sûr, dans ce monde d’hyper-information, hyper-connecté, hyper-industriel, la fiabilité des systèmes d’information joue un rôle décisif. La qualité de l’informatisation est au cœur de la performance. C’est le véritable système nerveux dont tout dépend. C’est pourquoi le terme de révolution numérique nous parait bien court, et ne constitue que l’écume de la transition Iconomique…

L’économie française regorge d’atouts, d’intelligence, de richesses et d’énergies, pour saisir cette vague de la transition Iconomique, réenchanter la technologie, et bâtir une vraie stratégie pour impulser le rebond ».

Energie et iconomie : transition énergétique et optimisation

Aurelien-DuthoitAurélien Duthoit 
Directeur des synthèses, Precepta
Interview vidéo Xerfi Canal

« La prochaine révolution industrielle, ce n’est pas la transition énergétique comme proposée par Rifkin, mais la transition iconomique, qui implique on l’a vu l’informatisation de tout le système productif, et pas seulement de la production d’énergie. Le meilleur des leviers pour la transition énergétique est la transition iconomique : l’hybridation des technologies énergétiques et informatiques permet de réaliser des économies d’énergies considérables à un horizon court. On aurait donc tort de se limiter aux seules énergies renouvelables.

La transition iconomique s’applique tout aussi bien à la production qu’à la transmission, la distribution et la consommation d’énergie… L’irruption de l’iconomie sur les marchés de l’optimisation énergétique est évidente : l’exemple le plus retentissant en date de cette hybridation de l’énergie et du numérique, c’est l’acquisition du fabricant de thermostats intelligents Nest par Google pour plus de 3 milliards de dollars. Plus proche de nous, c’est le projet expérimental Issygrid, à Issy-les-Moulineaux, auquel contribue Alstom, Bouygues, ERDF, Microsoft, Schneider Electric ou encore Total. Ces initiatives incarnent parfaitement la transition iconomique appliquée aux marchés de l’optimisation énergétique.

Les frontières entre matériel, logiciel et services s’estompent, et les acteurs dominants sur le marché sont des ensembliers capables de coordonner tout à la fois ces aspects. Pour prendre l’exemple de Nest, il s’agit d’un bien matériel, en l’occurrence des thermostats, auxquels on adjoint une couche logicielle qui les rends plus intelligents et connectés, et une couche servicielle pour en assurer notamment l’installation, le déploiement et l’optimisation… Ce rôle croissant du logiciel a également une autre conséquence typique de la transition iconomique : la machine devient capable d’apprendre, et apporte une valeur-ajoutée encore supérieure en secondant efficacement l’utilisateur.

L’iconomie fait entrer de plain-pied la consommation d’énergie dans le domaine du Big Data. Ces appareils intelligents permettent une information fiable, en temps réel, traçable de la consommation de l’énergie à un niveau individuel, puis collectif… L’iconomie redéfinit la promesse de valeur des opérateurs et les poussent à renouveler leurs modèles d’affaires. La promesse de valeur sur le marché de l’optimisation énergétique consiste à faire réaliser aux clients des économies d’énergie sur un horizon de cinq à sept ans en moyenne…

La transition iconomique bouleverse en profondeur les équilibres à l’œuvre sur le marché…
La transition iconomique appliquée à l’énergie va donc transformer en profondeur toute l’offre des marchés de l’efficacité énergétique. En mettant le client au centre du dispositif, elle va également avoir un impact fort sur le consommateur et son mode de vie en l’aidant à être un agent actif d’un objectif global. A un niveau plus macro-économique, elle apparait également indispensable pour rééquilibrer la balance commerciale française, déficitaire à hauteur de 65 milliards d’euros pour le seul poste de l’énergie ».

Distribution et iconomie : la mutation des centres commerciaux

I-SenandIsabelle Senand
Directrice d’études, Precepta
Interview vidéo Xerfi Canal

« On pourrait penser les centres commerciaux en danger face à la transition Iconomique. Les centres commerciaux ne sont-ils pas les temples du commerce traditionnel, le symbole du commerce en dur face à un e-commerce en plein essor ? Et pourtant, nous allons voir que la transition iconomique, en bouleversant l’offre et la demande de biens et services va profondément modifier ce monde d’espaces marchands. La transition iconomique, déjà à l’œuvre, va transformer tout à la fois le comportement des offreurs et leurs modèles d’affaires, la conception même du centre commercial, la nature de l’offre et sa présentation ainsi que le comportement du consommateur.

Pour commencer, loin d’être désuet, le modèle du centre commercial peut devenir un maillon fort de la distribution s’il s’intègre dans une stratégie cross-canal, prenant en compte tous les canaux de distribution, aussi bien dans le commerce en dur que par les moyens de la communication et des transactions numériques… Les centres vont donc devoir investir massivement dans les technologies numériques, se préparer au « tout connecté », et repenser un business model basé aujourd’hui pour l’essentiel sur la location d’espaces… Pour les enseignes commerciales, la mise en place de stratégies « cross canal » est devenue un passage obligé. Il s’agit d’accompagner le consommateur tout au long de son parcours d’achat…

La mutation ouverte par la transition iconomique va être bien plus profonde encore. Prenons l’exemple du Big data. Le traitement en masse des données ouvre de nouvelles perspectives aux centres commerciaux pour affiner et sophistiquer la connaissance du consommateur…  Autant de nouvelles possibilités qui peuvent être croisées avec les informations relatives au trafic sur Internet. Cela ouvre par exemple la possibilité de proposer en temps réel une offre personnalisée, un pricing personnalisé et une gestion des stocks personnalisée en fonction de chaque client, que le client soit le consommateur pour les enseignes, ou les enseignes pour les foncières propriétaires des centres…

Il n’est certes pas possible d’évoquer toutes les opportunités ouvertes par la transition iconomique dans les centres commerciaux. Je voudrais ici seulement insister sur l’évolution des comportements des consommateurs, ce qu’en marketing on appelle l’expérience d’achat. Je voudrais parler de la montée en puissance du « showrooming », qui permet de repérer les offres en magasin, puis de passer commande en ligne sur sa tablette ou son smartphone. Les capacités de communication sur les produits vont être démultipliées par les possibilités des technologies numériques. A tel point que la vente physique en magasin pourrait même devenir secondaire…

Enfin, la digitalisation des centres commerciaux va indéniablement renforcer les liens entre centres commerciaux, enseignes et clients. En impactant directement les comportements du consommateur, la transition iconomique replace le consommateur final au cœur de l’écosystème de la distribution.

Demain, il devra remplacer le plaisir d’acheter, en perte de vitesse, par le plaisir de se promener… La transition iconomique va ainsi bouleverser la mission des centres commerciaux, qui de galeries marchandes ou de zones commerciales entourées de parking vont devenir les nouveaux centres de désirs, de plaisirs et de loisirs ».

Informatisation et iconomie : des systèmes d’information efficaces et performants

Alain-MarbachAlain Marbach 
Président-fondateur d’Elée

« Michel Volle dit : « L’informatisation met en œuvre une ressource naturelle inépuisable : le cerveau humain. Elle transforme la nature à laquelle sont confrontées les actions et les intentions. Ceux qui ignorent cela ne peuvent rien comprendre au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ».

Inépuisable, cela veut dire qu’aucune ressource ne limite réellement l’intelligence et le travail intellectuel. Aucune ressource ne limite l’intelligence qu’une informatisation réussie peut apporter à des produits et services, peut apporter aux processus de l’entreprise, à la relation avec le client. « No limit for the intelligence in my services ». 

A l’âge de l’iconomie : « Pas de limites pour l’intelligence que nous pouvons apporter à nos produits et nos services »… A l’âge de l’iconomie, il n’y a pas d’autres choix que de prendre, pour son entreprise, le vent d’une informatisation très forte, c’est ce qui change depuis 10 ans.

Je voudrais maintenant dire où cette informatisation très forte doit se porter. Une étude récente du Gartner dégage 5 critères communs pour des sociétés gagnantes aujourd’hui. Ces 5 critères sont affectés par cette assistance d’un cerveau d’œuvre inépuisable.

Les deux premiers critères sont centrés sur le client :
– Apporter un authentique enrichissement de l’interface du client avec votre produit ou votre service
– Conduire une relation client performante
Ils sont clairs : A nous de faire

Les deux derniers critères sont attendus.
– De l’innovation
– Des produits et services admirables

Le troisième critère est plus étrange :
– Un système d’information d’entreprise intégré et homogène

Pour ce critère, reprenons les propos de Michel Volle : « Dans l’iconomie, les produits sont des assemblages de biens et de services, chacun étant élaboré par un partenariat. La cohésion de l’assemblage et l’interopérabilité du partenariat sont assurées par le système d’information, devenu le pivot de l’entreprise ».

Notre entreprise, Elée, une jeune start-up, accompagne une trentaine de grandes sociétés. Nous les servons sur des enjeux de disponibilité, de qualité et de performance du système d’information. Il est évident pour moi que la question « mon système d’information est-il le pivot de mon entreprise ? » est rarement placée assez haut.

Les entreprises… ont peu de temps pour penser des finalités amples et un fonctionnement meilleur pour le SI… Et les hommes du système d’information ont très peu de temps et d’argent pour améliorer leurs outils… Un client me disait même à propos des galériens de son système d’information « notre système est tellement fragmenté que pour 10 personnes qui exploitent le SI, il en faut 30 pour corriger leurs erreurs et les leurs propres ». Et pourtant, un système d’information intégré est très efficace…
A l’ère de l’iconomie, nous croyons que le sursaut va naître de l’application rigoureuse de cette idée : C’est un cerveau d’œuvre inépuisable qu’il faut mettre au travail, avec amplitude, vite ! ».

Financement des start-ups : de l’invention à l’innovation

Sophie-PellatSophie Pellat
Partner IT Translation
Interview vidéo Xerfi Canal

« Un changement radical de regard et d’intention est nécessaire pour faire partie de l’économie de demain. Attention, c’est un changement et de mode de pensée et d’acteurs. Et aussi de façon d’innover. Alors quelle est la nouvelle donne ?… L’innovation a de multiples visages tout autour de la planète et il n’existe pas de modèle ultime la définissant. Elle est mouvement et se réinvente elle-même, régulièrement.

Il est connu aujourd’hui que les startups en sont un des éléments essentiels. Le principe est simple : des équipes se constituent sur la base d’idées et de technologies, elles utilisent leur agilité et toutes leurs compétences pour trouver un produit et un marché pour se développer. Si elles réussissent elles auront innové, soit amené une invention sur un marché ; elles pourront grandir et peut- être aussi être achetées par un grand acteur qui saura porter plus loin les possibles du produit avec plus de moyens. L’innovation se propagera, le vecteur aura éventuellement changé. Telle est la mission des startups…

Créer une startup numérique est simple; et même les plus ambitieuses n’ont besoin que de quelques centaines de milliers d’euros et d’une poignée de personnes pour se lancer. Plus il s’en créée, plus l’économie peut espérer être enrichie ; car même si toutes ne réussissent pas, celles qui le font ont un impact suffisant pour changer les choses. Alors une pensée vient assez naturellement : trouvons des idées, trouvons des gens et lançons de grands programmes de startup, volontaristes et notre économie innovera et se transformera ! Oui, bien sûr ; mais hélas, non. Cela ne marche pas comme ça !
Car on ne peut par décret et injonction mettre en œuvre les individus sur ces chemins-là : un cerveau ne créée pas sur commande. La startup c’est une aventure, intellectuelle et humaine. Une continuité de créations : l’invention, le produit, l’entreprise, son mode de fonctionnement…

Puisqu’on ne peut pas forcer le désir de créer, que peut-on faire ? Et bien donner envie, espérer que ce désir naisse et le soutenir de celui des autres. Pour que l’ensemble puisse aller plus loin et avoir une chance de réussir… Ce qui fait déjà beaucoup !… Comme vous le savez, le monde est complexe et il faut beaucoup de savoirs, de compétence et d’appuis pour que la timide invention fasse son chemin et devienne une innovation triomphante. Il s’agit donc de partir des individus et de construire avec eux. Pas pour eux, pas autour d’eux et pas malgré eux évidemment. Non, avec eux. Et conjuguer les projets, les possibles et les intérêts.

Partir des individus et de leurs inventions cela induit beaucoup de choses ; accepter la partie humaine de l’aventure, accepter de designer un projet à la mesure de ce que les individus peuvent et veulent assumer et réfléchir dès le début à la possibilité de passer le relai. Accepter que cela va bouger, changer, se redéfinir. Pas de certitude, juste celle de l’envie de départ et des compétences et moyens disponibles. C’est aussi accepter que la relation sera un élément clef du projet et piloter en conséquence.

Ma conviction personnelle est que l’écosystème des startups du numérique est le creuset où se forge la société de demain et que ceci apporte bien des innovations… C’est un laboratoire d’expérience pour toute la société et les grands groupes ne s’y sont pas trompés en créant des départements pour interagir avec les startups… Penser leur mode d’innovation c’est l’inventer ensemble. Il n’y a pas de recette, l’innovation est en innovation !… ».

Entreprises et iconomie : des acteurs du rebond français

Vincent-LorphelinVincent Lorphelin
Président de Venture Patents

Extraits : « Pour illustrer la troisième révolution industrielle, on aimerait avoir des Amazon ou des Google français qui incarneraient la transition iconomique. Comme nous n’en avons pas, ou pas encore, le problème est de savoir dans la multitude des startup lesquelles choisir ! Nous aimerions tous avoir une boule de cristal pour dire comment sera constitué le CAC40 dans l’avenir !…

La Compagnie Générale d’Electricité, par exemple, a été fondée en 1898 par Pierre Azaria, un ingénieur de 33 ans. A l’échelle de l’histoire, on pourrait penser que la CGE s’est créée dans la grande vague de la révolution de l’électricité. Non ! La CGE est un retardataire. Aujourd’hui de nouveau une startup française est partie à la conquête de la publicité sur Internet, 15 ans après Google ! C’est Criteo, fondée en 2005 par Jean-Baptiste Rudelle, un ingénieur de 36 ans. La pépite française réalise 500 millions d’euros de chiffre d’affaires et vaut 3 milliards de dollars. De même VentePrivee.com et ShowRoomPrivé.com réalisent ensemble un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros. Elles se sont lancées dans le commerce électronique alors qu’elles ont été fondées 10 ans après Amazon. Ou encore le service de musique à la demande Deezer, s’est lancé en 2007, soit 6 ans après iTunes d’Apple.

Il y a un siècle déjà la France, qui a raté la révolution technologique, est partie en retard. Mais elle a réussi la révolution des usages, ce qui l’a fait rebondir plus haut que les autres. Elle a raté la pellicule photo mais a réussi le cinéma. Elle a raté la mécanisation de l’industrie textile mais a réussi la mode. Elle a raté le moteur à explosion mais a réussi l’automobile…

Il y a un siècle déjà la France retrouve son énergie créatrice avec les innovations d’usages, grâce auxquelles notre pays devient en dix ans le leader des principaux secteurs-clés. Dans celui de l’automobile, par exemple, plus de la moitié des constructeurs dans le monde sont français…

Aujourd’hui encore les startups françaises retrouvent un regain de dynamisme impressionnant. Dans le palmarès Deloitte des entreprises ayant la plus forte croissance mondiale, sans surprise la Californie arrive en tête et représente 110 entreprises. Mais elle est déjà talonnée par la France, numéro 2 avec 86 entreprises, devant le Royaume–Uni avec 71 entreprises et l’Allemagne avec 27 entreprises…

Aujourd’hui comme il y a un siècle, personne ne peut prédire quelles startups figureront dans le futur CAC40. Pris individuellement, les acteurs du rebond semblent bien fragiles, mal positionnés ou en retard. Pris dans leur ensemble, en revanche, ces acteurs montrent un formidable dynamisme dans les innovations d’usage, dans la croissance et même, depuis peu, dans la création d’emploi ».

La transition iconomique et l’avenir du système productif de la France

Olivier-PassetOlivier Passet
Directeur des synthèses économiques, Xerfi

Extraits : « Les exposés qui ont précédé nous ont permis de mesurer l’ampleur des bouleversements qui percutent aujourd’hui le système productif, dans tous les secteurs… Et face à cela, les politiques tâtonnent. Et j’aimerais vous montrer maintenant en quoi cette transition remet en cause l’action de l’Etat et redéfinit ses priorités dans au moins trois domaine : celui des normes, celui des politiques de redistribution, celui de la politique industrielle…

C’est dans ce nouveau contexte d’intégration qu’il faut repenser:
– La taille critique de nos entreprises… l’obsession ETI est-elle encore valide ? Conditionne-t-elle l’accès à l’international ? Car aujourd’hui un individu isolé peut pénétrer une chaine de valeur mondiale. (ex : Etsy aux États-unis (produits faits mains), ma petite mercerie…).
– La sécurisation de la relation de sous-traitance : l’économie de la petite série, de l’hyper-réactivité, de l’hyper-variété, où chaque prestataire peut être soumis à une enchère inversée, démultiplie les opportunités d’affaires mais crée aussi une extrême volatilité des ordres qui précarise la situation des entreprises sous-traitantes.
– La stabilité de la relation d’emploi : une économie qui tend de plus en plus vers l’ouverture d’accès en continu, immédiat au produit, crée inévitablement une forte pression en faveur d’un travail « hyper-ajustable », sur des horaires flexibles et atypiques. On le voit avec les nouvelles pressions pour l’ouverture le dimanche, avec la question du détachement des travailleurs…

En matière de propriété intellectuelle où la reproduction 3D risque demain d’étendre à toute la sphère productive les redoutables questions de propriété intellectuelle que l’on observe déjà dans les industries culturelles et qui ont dynamité l’équilibre du secteur. Dans tous ces champs, on le voit, le législateur ne peut plus ignorer les problématiques de la « transition iconomique »…

Deuxième champ : celui de la redistribution, face à une transition qui favorise de très fortes agglomérations de pouvoir et de richesse sur quelques-uns.

Repenser enfin nos finalités de politique industrielle. Avec l’Iconomie, la problématique d’un Etat stratège ne peut plus être celle du rattrapage par imitation sur quelques secteurs ou technologies prévisibles ; ni celle d’une ré-industrialisation forcée, tant le clivage industrie/service n’est plus opérant ; ni celle d’une construction de filières ancrées sur le territoire alors que ces dernières se conçoivent à échelle du monde. L’Etat doit donc, dans ce nouveau contexte, s’emparer de nouveaux objectifs…

L’Etat peut et doit d’abord orienter les usages, notamment dans la santé, la dépendance, la mobilité, la conception de la ville etc… L’Etat peut jouer un rôle clé dans la diffusion des machines intelligentes et apprenantes au sein des PME. C’est une priorité absolue…

L’Etat doit favoriser le foisonnement des projets entrepreneuriaux, là où les rendements sont croissants, où l’ordre d’arrivée est décisif pour la captation des marchés. Il ne suffit plus comme dans les années 60 d’armer quelques secteurs clés et d’en maîtriser la filière sur le territoire. L’enjeu est de favoriser l’insertion d’un nombre croissant d’entreprises innovantes dans le système de production mondial…

En conclusion et en un mot, si l’économie française veut saisir la vague iconomique, l’État doit faciliter la transition en agissant en intelligence avec l’histoire ».

Agir pour l’iconomie : quelle stratégie adopter ?

M-VolleMichel Volle
Co-président de l’Institut de l’Iconomie
Interview vidéo Xerfi Canal

Extraits : « Aucune prospective, aucune stratégie ne pouvaient être pertinentes au XIXe siècle si elles ignoraient la mécanique et la chimie. Aucune ne peut l’être aujourd’hui si elle ignore l’informatisation. Dans le monde que celle-ci fait émerger, l’Iconomie est un repère…

L’informatisation a des conséquences dans l’économie des entreprises, la psychologie des personnes, la sociologie des pouvoirs, la philosophie des techniques de la pensée et jusqu’aux valeurs qui orientent le destin des personnes, celui des institutions et celui des nations…

Si la technique apporte un Big Bang qui a transformé la nature, les conséquences de ce Big Bang outrepassent donc la sphère de la technique. Les blocages que l’informatisation rencontre s’expliquent par la crainte que ces conséquences suscitent…

Quel est donc le positionnement qu’ambitionne une entreprise ? Quelles sont les missions de chaque institution ? Quelle est, dans le concert des nations, la personnalité que doit exprimer chaque pays ? Voilà les questions auxquelles un stratège doit répondre…

Dans l’Iconomie, les produits sont des assemblages de biens et de services, chacun étant élaboré par un partenariat. La cohésion de l’assemblage et l’interopérabilité du partenariat sont assurées par le système d’information, devenu le pivot de l’entreprise…

Plus qu’une économie de la connaissance ou de l’information, l’Iconomie est donc une économie de la compétence : la main-d’oeuvre est remplacée par le cerveau-d’oeuvre. Il en résulte que les relations entre les personnes, entre les spécialités et entre les entreprises ne peuvent plus obéir au schéma hiérarchique ni au rapport de sous-traitance : l’échange que nous avons nommé « commerce de la considération » s’impose, car un cerveau qui n’est pas écouté cessera bientôt de fonctionner…

Tout cela implique une adaptation difficile. Les plus grandes entreprises, notamment, sont handicapées par une organisation qui était adaptée à l’économie antérieure. Elles sont bousculées par des nouveaux venus plus agiles…

Chaque pays doit trouver dans son histoire, dans sa culture, le ressort qui lui permettra de construire son Iconomie. L’affaire touche en effet les ressorts les plus intimes de l’anthropologie et elle est donc trop profonde pour qu’on puisse se contenter d’un placage, fût-il intelligent.

Enfin, la régulation doit tenir compte de la forme qu’a prise la concurrence : la concurrence parfaite et le libre-échange ne sont plus les critères de l’efficacité dans une économie où il faut conquérir et défendre des positions de monopole, développer des compétences, innover et défendre les innovations – et ceux qui se cramponnent à ces critères, comme le font la Commission européenne et l’OCDE, tournent le dos à l’Iconomie. Nous autres Français avons dans l’Iconomie des avantages comparatifs dont il faut prendre conscience. Les étrangers disent que nous sommes un pays bizarre car chez nous rien ne marche et pourtant tout marche…

Cela tient à cette « logique de l’honneur » qu’a évoquée Philippe d’Iribarne… La logique de l’honneur et le sens de la dignité personnelle qui l’accompagne sont selon d’Iribarne l’héritage le plus précieux de notre République, celui auquel chacun de nous tient le plus. C’est là une force latente, un ressort comprimé et qui ne demande qu’à se détendre dans les volontés pour peu que l’horizon de l’Iconomie leur soit clairement présenté par un stratège légitime ».

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Les actes de la conférence « transition iconomique, nouvelle vague de croissance » (PDF).

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