Processus et innovation pour l’entreprise numérique !

Invité par le CIGREF dans le cadre de son « Groupe de travail entreprise numérique », Yves Caseau, Directeur Général Adjoint Bouygues Télécom en charge des Technologies, Services et Innovation a exposé comment l’entreprise numérique peut « innover par la collaboration et le lean management » !

Accueilli par Bernard Duverneuil, DSI Essilor, Vice-président du CIGREF et Pilote du Groupe de travail, ce dernier a rappelé l’implication du CIGREF quant à la notion d’entreprise numérique, et les objectifs du Groupe de travail qui souhaite aborder plus particulièrement la stratégie numérique, dimension évoquée dans l’ouvrage « Entreprise numérique, quelle stratégie pour 2015 ? », publié fin 2010. « Nous allons poursuivre cette réflexion afin d’illustrer, de manière concrète, ce que représente l’entreprise numérique dans nos entreprises, dans nos grands groupes, de manière à donner corps à cette notion et ne pas en rester à une vision générale. La meilleure façon de l’illustrer, c’est de recueillir un certain nombre de témoignages ».

Bernard Duverneuil a rappelé également les travaux de recherche sur l’entreprise numérique conduits par la Fondation CIGREF qui vient de lancer son 3ème Appel à Projets : « les premiers résultats montrent que les modèles d’affaires peuvent aujourd’hui être l’objet d’un certain nombre de ruptures, mais aussi que le modèle de pilotage des processus de gouvernance, voire des formes de leadership dans l’entreprise, peuvent être largement impactées par l’irruption du numérique. Deux dimensions que l’on se propose de traiter, à la fois la stratégie et gouvernance. (Voir « l’Accéluction en action »,  rapport de mise en perspective des résultats de la première vague de travail).

Yves Caseau a publié un certain nombre d’ouvrages. Le dernier s’intitule « Processus et entreprise 2.0 – Innover par la collaboration et le lean management ». Il semblait donc pertinent de lui demander d’intervenir et de témoigner sur sa vision de la dimension stratégique du numérique, ou de la dimension numérique de la stratégie d’entreprise ! Son ouvrage s’articule essentiellement autour de deux leviers : les processus, d’une part, et de l’autre, la gestion des flux de communication.

L’entreprise 2.0, un changement de culture…

Avant d’aborder les défis pour l’entreprise numérique, Yves Caseau évoque deux convictions :

La première, c’est que l’on est dans un monde complexe qui fait que la vision du management scientifique de Frédéric Taylor arrive à sa fin. Pour ceux qui ne se souviennent plus, le management scientifique, c’est « Breakdown and Specialize », « je décompose et je spécialise ». Quand on a un problème compliqué, on le réduit, on le décompose. Pourquoi cela ne fonctionne plus ? Cela marcherait dans un monde compliqué. La complication peut être attaquée par la réduction. La complexité, ce sont tous les liens qui font que l’on ne peut plus réduire. Dans le monde du 21ème siècle, on va devoir travailler autrement, on va devoir passer du compliqué au complexe.

La seconde, c’est qu’heureusement il y a des débuts de solutions face à ce défi.  Elles consistent à mettre en mouvement l’énergie de tous et en particulier l’intelligence pour travailler. Collaborer, c’est très agréable quand on parle, c’est beaucoup plus compliqué dans la réalité. D’où l’intérêt des méthodes. Elles apportent des pratiques, mot qui n’est pas choisi au hasard.

Un des défis de l’entreprise numérique est de passer d’une entreprise classique, ayant une hiérarchisation classique héritée de l’organisation militaire et de la révolution industrielle, à une entreprise en réseau. Passer du contrôle commande, où l’on s’assure que les ordres sont exécutés, à une vision beaucoup plus réactive.

Yves Caseau évoque aussi ce qu’il appelle « la force du lien faible » à partir des travaux du sociologue Mark Granovetter dans les années 70. « Depuis trente ans, c’est une vérité scientifique prouvée ». Il cite également Bernard Charlès, de Dassault System : « pour collaborer, il faut raconter ce qu’on ne sait pas faire. Si vous utilisez les outils modernes, les outils de communication pour dire à vos camarades ce que vous savez faire, vous encombrez la bande passante. C’est bon pour votre égo, mais ça ne va pas faire beaucoup de collaboration. Ce qui ferait la collaboration, c’est si vous commenciez à exposer ce que vous ne savez pas faire et ce pourquoi vous auriez besoin du soutien des autres ». On voit que cela suppose un véritable changement de culture !

Processus et lean 2.0

Yves Caseau explique : « Vous avez un processus, n’importe lequel. Cela s’applique à chacun de vos processus. On va commencer par éliminer tout ce qui n’apporte pas de valeur au client. On regarde toutes les étapes, on se met du point de vue du client et on élimine tout ce qui n’est pas profondément utile pour lui. Une fois que j’ai fait cela, je vais essayer de reconstruire mon processus pour qu’il soit extrêmement simple dans ses enchaînements. Lorsqu’il est simple dans ses enchaînements, je peux le piloter en sens inverse, c’est-à-dire vraiment en partant de la demande, en faisant du just in time, en faisant de la rétro-propagation des besoins plutôt que de faire ce que l’on fait de manière classique. Je peux ensuite faire du lissage d’activité, de charge. Cela a l’air très simple, en fait c’est très compliqué de le faire bien. Toyota, sur le plan des process clés, a mis vingt ou trente ans pour arriver à le faire ».

Quelles sont les conséquences sur le SI demain ?

A quoi s’attendent les clients et les utilisateurs de l’entreprise ? La réponse est claire, ils s’attendent à être plus autonomes. Ils s’attendent à avoir le contrôle sur leur utilisation de ce que l’entreprise leur apporte. Ils doivent pouvoir donner leur avis, pas juste avec une boîte à idées, mais vraiment avec toute la puissance de l’expérience sociale : « Je donne mon avis, on peut voter sur mon avis, je peux rebondir sur l’avis des autres ». Cela suppose de changer un peu la philosophie de ce qu’est le SI… Dans le monde d’hier, on a fait un SI et les clients venaient sur le SI. Dans le monde de demain, il faut aller chercher les clients où ils se trouvent… On est entré dans le monde de la co-construction. Le client co-construit son expérience avec une partie de ce que fait l’entreprise et puis d’autres choses fournies par d’autres entreprises. Construire le Système d’Information qui alimente cette vision, c’est un vrai changement de culture et un vrai défi !

Un message : persévérance !

Le lean 2.0 en nouveau modèle d’entreprise, c’est un slogan ! Ce qu’il est important de retenir, c’est que « lean, innovation, collaboration ne se formalisent pas, ils se pratiquent ». La différence entre la pratique et l’essai, c’est : j’essaie, ça marche, j’adopte. La pratique, c’est j’essaie, ça ne marche pas, je persévère, je vais au bout. A force d’essais, ça marche.

Les pays qui ont des cultures de persévérance ont été les premiers à avoir adopté le principe et ça marche très bien. Parmi les pays qui ont du mal, il y a notre merveilleux pays, parce que nous, on a besoin de comprendre avant de faire.

N’hésitez pas à réagir, vos témoignages enrichissent le débat !

Ce contenu a été publié dans Entreprises numériques, Stratégie numérique, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>