Journée Nationale d’Intelligence Economique pour une entreprise compétitive

Organisée par l’Académie de l’Intelligence Economique, en partenariat avec l’Ecole Polytechnique et le CRIE-PACA, la 14ème Journée Nationale d’Intelligence Economique s’est tenue le 13 décembre à Aix-en-Provence, avec pour thème « pour une entreprise compétitive ». Elle s’est conclue par une Table Ronde chargée d’envisager « les futurs possibles pour l’intelligence économique ».

La politique publique d’Intelligence Economique

Extraits de l’intervention d’Olivier Buquen, Délégué interministériel à l’intelligence économique

Vous avez choisi le thème de « l’entreprise compétitive » qui correspond à la fois à l’objectif majeur de l’intelligence économique en général et à l’objectif de la stratégie de l’Etat en matière d’IE. En effet, dans l’économie mondialisée dans laquelle évoluent nos entreprises, l’objectif de l’Etat est de générer la croissance et des emplois sur le territoire national. Pour cela, il lui faut favoriser la conquête de parts de marché par nos entreprises ce qui signifie qu’elles soient compétitives aussi bien que notre recherche et notre économie de façon générale. Cette compétitivité est l’objectif majeur de la politique publique d’IE.

Après les nombreuses pages écrites depuis l’origine par des personnalités aussi prestigieuses qu’Henri Martre, Claude Guéant, Rémi Pautrat, Bernard Carayon et bien sûr Alain Juillet lorsqu’il était haut responsable de l’IE, une nouvelle étape a été franchie il y a un peu plus de deux ans avec la création de la Délégation Interministérielle à l’IE et l’élaboration qui en a suivi de l’élaboration de la politique publique, ce que j’aime appeler stratégie. Cette stratégie correspond à une véritable impulsion venant du plus haut niveau de l’Etat.

Vous connaissez les 3 axes sur lesquels s’articule la stratégie en matière d’IE :
– la veille stratégique
– le soutien à la compétitivité des entreprises, qu’il passe par la valorisation de la recherche au bénéfice de ces entreprises, par l’influence de la France dans les institutions dans les institutions économiques internationales, ou par le soutien à l’export
– la sécurité économique.

Dans chacun de ces trois axes, la Délégation Interministérielle à l’IE pilote des projets opérationnels, comme par exemple le projet de texte de loi sur la protection des secrets d’affaire, ou le guide d’IE pour la recherche. Mais la Délégation a traité aussi depuis plus de 2 ans plus de 200 cas concrets, opérationnels concernant des entreprises et des établissements de recherche, et ce, dans tous les cas de figure avec la participation active des représentants du monde de l’entreprise et du monde de la recherche. Grâce à une forte implication de l’Etat et de l’ensemble des acteurs du monde économique et du monde de la recherche français que l’IE contribue à soutenir et à renforcer la compétitivité de nos entreprises et donc la compétitivité de l’économie-France dans l’économie mondialisée.

On ne peut plus se contenter de bien penser, il faut penser vite pour agir vite…

Extraits de l’intervention d’Alain Juillet, Président de l’Académie de l’Intelligence Economique (AIE)

Le rôle de l’Académie de l’Intelligence Economique a toujours été de précéder les recherches et les travaux qui se font. La sécurité économique va au-delà de la simple protection. La sécurité en tant que telle est la protection du patrimoine humain, du capital matériel. Aujourd’hui, tout ce qui sort dans la presse sur les attaques, les piratages multiples montre qu’il faut aller beaucoup plus loin.

En entreprise on a commencé à intégrer dans les bilans les valeurs immatérielles, le capital immatériel de l’entreprise. Il est temps qu’au niveau de la sécurité nous considérions sérieusement la sécurité du patrimoine immatériel de l’entreprise, en prenant conscience que dans un monde très concurrentiel, très compétitif, il faut savoir se protéger. Une protection physique ne suffit pas, il faut aller beaucoup plus loin, réfléchir et utiliser tous les moyens qui nous sont offerts par les formidables développements des systèmes d’information.

Une vraie réflexion est à lancer pour sortir d’un schéma passéiste. Nous ne pourrons gagner dans la compétition mondiale que si nous sommes capables d’avoir les bonnes informations et à la fois de bien les analyser en les recoupant, parce qu’il y a de plus en plus de fausses informations qui circulent. Il faut être capable d’en faire des synthèses pour nos dirigeants et d’apprendre à diffuser cette information en réseau le plus vite possible. On entre dans un cycle où la vitesse est un élément non négligeable de la victoire. On ne peut pas se contenter de bien penser, il faut penser vite pour agir vite, pour réussir plus tôt que les autres. La capacité d’anticipation devient plus importante que la capacité de réaction, ce qui est un changement managérial fondamental.

L’entreprise compétitive dans un territoire compétitif

Extraits de l’intervention de Jacques Pfister, Président CCI Marseille Provence

Sécurité, protection, brevets, sont des questions d’intelligence économique au cœur des préoccupations essentielles des entreprises, de même que la veille ou l’analyse de la concurrence. La recherche d’opportunité de business, de lobbying, d’influence, entrent également dans le champ de l’IE.

Le rôle des Chambres consulaires est d’être à l’appui des PME, de les accompagner dans leur développement. Beaucoup d’initiatives existent en liaison avec l’Etat, notamment pour apporter des produits de formation, permettre de créer des liens entre les différents acteurs de l’intelligence économique, pour proposer aux PME et TPE un produit concret et simple. Car il est difficile de passer des notions très développées d’intelligence économique à un produit packagé, concret, simple.

J’étais avec les dirigeants de Google France, les citoyens Français sont de gros utilisateurs d’internet et de Google en particulier, mais par contre les PME sont très en retard en matière d’utilisation d’outils internet pour l’IE. La question qui se pose est comment faire entrer ces PME dans le dispositif d’IE ?

Nous sommes convaincus à la CCI Marseille Provence que les entreprises se développent dans une notion de « territoire compétitif ». Les PME sont dans une logique d’offres, pas suffisamment dans une logique de demandes : que veulent mes clients ? Qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? Où sont les marchés ? Or, ces questions font partie de l’intelligence économique, comme l’analyse stratégique d’un territoire, connaitre ses forces et ses faiblesses et surtout ses attentes. La notion de territoire compétitif, c’est se demander comment pouvons-nous utiliser l’intelligence économique pour renforcer la compétitivité de nos territoires ?

Une réforme régionale est en cours, les Chambres consulaires sont en train de se regrouper et un de leur schéma stratégique de développement, c’est l’intelligence économique et l’innovation. Etre un interlocuteur visible en matière d’IE au service des PME et TPE. Répondre à la demande du monde économique c’est se regrouper pour être plus fort, pour être compétitif en tant que territoire et pour servir nos entreprises.

Signaux faibles et tendances lourdes. Quels sont les futurs possibles pour l’Intelligence Economique ?

La table ronde, animée par Jean-François PEPIN, Délégué général du CIGREF et Vice-président de l’Académie de l’Intelligence Economique, avait pour objectif de faire un bilan de l’état de l’art en matière d’IE, et dégager des pistes pour le futur, pistes à la fois pour l’Académie elle-même, mais aussi pour tous les acteurs concernés par cette démarche.

Les intervenants :

Jean-François PEPIN a donné le ton en précisant :

En choisissant cette thématique « Tendances lourdes et signaux faibles », l’Académie de l’IE s’est délibérément positionnée dans le champ de la prospective. D’ailleurs, le sous-titre est explicite : « quels futurs possible pour l’intelligence économique d’entreprise ? ».

L’Intelligence Economique d’Entreprise n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour atteindre les objectifs vitaux que sont la compétitivité et l’innovation permanente de nos organisations. Ces objectifs vitaux sont de la responsabilité première des dirigeants. Si l’IE peut se définir comme un « un mode de gouvernance dont l’objet est la maîtrise de l’information stratégique et qui a pour finalité la compétitivité des entreprises et la sécurité de l’économie », l’Intelligence Economique d’Entreprise a pour ambition « la maîtrise, par le dirigeant, des informations stratégiques nécessaires à la décision et favorables à l’action coopérative, c’est-à-dire utiles au renforcement de son pouvoir d’influence sur ses environnements et de son leadership sur l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise ».

Orientée vers la maîtrise de l’information, l’optimisation de la décision et la promotion des coopérations, l’Intelligence Economique d’Entreprise est d’abord une affaire de culture managériale, c’est-à-dire une volonté singulière de penser, de décider et de coopérer afin de mieux agir collectivement. Elle induit de ce fait, un comportement entrepreneurial spécifique.

Pour alimenter les débats, et repérer tendances lourdes et signaux faibles susceptibles d’annoncer des ruptures compétitives positives ou négatives, la matière a été apportée par les synthèses, sous forme d’éléments clés se dégageant des 2 ateliers de la matinée :

L’intelligence managériale et comportementale du Dirigeant

Alain de Vulpian présente les points clés de l’atelier qui s’est tenu sur ce thème.

Premier point : l’idéologie des dirigeants.
Il faudrait que les dirigeants se voient moins comme devant apporter des solutions que comme devant poser les bonnes questions sachant faire émerger les solutions !

Second point : des collaborateurs socio-perceptifs
Si un dirigeant veut opérer la métamorphose de son entreprise, passer d’une entreprise hyper organisée, néo-taylorienne à une entreprise vivante, ouverte, en prise sur ses personnels et sur la société, il doit pouvoir s’appuyer sur une population de collaborateurs socio-perceptifs. Les personnes qui ont le flair de ce qui est socio-humain repèrent les potentiels, ce qui peut émerger. Si on les repère, si on les positionne aux bons endroits, cela peut être une force d’évolution considérable.

Troisième point : une rupture menaçante
Il semble qu’il y ait un véritable écart entre les personnes qui ont évoluées et les très grandes entreprises, dont certaines étaient assez ouvertes et ont été de grands précurseurs dans les années 70. Mais ces entreprises se sont progressivement fermées sous l’influence de l’hyper-financiarisation de l’économie et sous l’influence du durcissement de la compétition internationale. Entre ces entreprises et ce que devient la société des gens qui changent profondément, la rupture consommée devient une menace.

Quatrième point : les attentes des gens ordinaires
On perçoit un signal faible à travers l’incarnation dans cette société vivante des gens ordinaires qui attendent plus que ce qui leur est proposé. Un passage à l’acte semble s’amorcer à travers les phénomènes de société, des réactions d’indignation. Les grandes entreprises doivent inventer une façon de tirer partie de cette société nouvelle.

La sécurité économique… au-delà de la simple protection

Eric FILIOL, Directeur du Laboratoire de virologie et de cryptologie opérationnelles – ESIEA, présente les points clés de cet atelier.

Premier point : penser en termes de « territoires »
Penser la sécurité économique en termes de territoires : scientifiques, techniques et économiques. Il faut connaitre le territoire, sans oublier ses aspects dynamiques, parce que c’est quelque chose de vivant. Et un territoire, cela se défend. Savoir comment le défendre avec l’évolution des techniques, avoir connaissance de l’adversaire et connaitre aussi ses amis pour faire des alliances productives.

Second point : une volonté étatique
Il faut considérer la nécessité d’avoir un Etat qui, sans être tout-puissant, a son mot à dire pour une meilleure souveraineté économique. L’Organisation Mondiale du Commerce n’est pas une fatalité, Espérer en certaines initiatives comme le Certificat de Sécurité Economique auquel l’Etat travaille actuellement et pourquoi ne pas aller plus loin ? Le domaine de la défense sait gérer en protégeant un certain nombre de données avec la confidentialité dite « de défense ». Pourquoi ne pas le faire pour des informations purement économiques qui devraient être protégées, avec une confidentialité dite « économique ». Quand on regarde certaines attaques informatiques récentes ou certaines décisions malheureuses, pourquoi ne pas opter pour un volet pénal s’appliquant à des décisions qui actuellement ne risquent rien ? Il faut rappeler à ceux qui sont dépositaires du patrimoine de la France, de nos emplois, qu’ils ont aussi des responsabilités de l’ordre du pénal.

Troisième point : enseigner le lobbysme
Les modes d’enseignement secondaire et d’enseignement supérieur ne sont plus capables d’assurer une continuité économique. Une inquiétude pèse en particulier sur le modèle de l’enseignement supérieur. Il faudrait revenir vers quelque chose d’un peu plus équilibré entre l’université pour les connaissances à moyen et long terme et les écoles d’ingénieurs pour les connaissances à court et moyen terme. Résister à la standardisation des esprits. Il est important de former les esprits, les sensibiliser. Il faut développer le lobbying, les Français ne sont pas assez lobbyistes. On constate un manque d’implication des scientifiques français dans les organismes de certification internationaux, nous en sommes quasiment absents. Dans les comités de programme de conférence et de journaux de recherche, alors qu’il y a une véritable richesse en France, nous sommes sous-représentés.

En conclusion

Pour Alain Juillet :

Penser en termes de territoires est une idée qui mérite qu’on l’approfondisse. Dans le cadre de l’intelligence économique, on ne peut pas penser uniquement en termes d’Etat global. Il y a de nombreuses petites et moyennes entreprises qui doivent exister et se développer. Penser en termes de différents types de territoires est un moyen à la fois de définir des écosystèmes cohérents ayant une taille suffisante pour pouvoir justifier un certain nombre d’efforts. Cela crée aussi une dynamique via une motivation territoriale, une motivation culturelle de chaque territoire, en tirant parti de ses avantages et de ses difficultés. On peut aussi plus facilement défendre un territoire que l’on peut défendre une entreprise isolée. Et on évite d’être noyé dans la  masse lorsqu’il s’agit d’une défense au niveau de l’Etat.

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