Innovation numérique pour les DSI de France et d’Afrique

Lors du colloque « l’innovation numérique en Afrique : enjeux et perspectives », organisé le 28 novembre à la BnF par Cio Mag (en partenariat avec le CIGREF et la Fondation CIGREF), Directeurs des Systèmes d’Information et chercheurs de France et d’Afrique étaient rassemblés pour « faire émerger l’excellence, entre les directeurs des systèmes d’information des entreprises et des administrations françaises et africaines et mieux comprendre les pratiques de recherche et d’enseignement en SI… ».

France et Afrique, nous avons tant à partager !

Mohamadou Diallo, Directeur de publication de Cio Mag, a tracé les contours de l’innovation numérique en Afrique.

Il n’est plus à démontrer que l’innovation numérique est fondamentale en Afrique. Internet est devenu un formidable accélérateur de croissance. Dans les économies modernes, il est à l’origine de 21% de la croissance économique. L’économie numérique renferme  un gisement d’innovations et de richesses nouvelles. L’accès aux technologies numériques est devenu une des conditions de l’intégration dans les sociétés de nombreux pays et particulièrement sur le continent africain.

En Afrique, les technologies de l’information ont connu une croissance rapide et soutenue. Durant les 5 dernières années, l’Afrique est le continent qui a connu la plus forte croissance. Depuis la fin septembre 2011, le continent africain est devenu le deuxième plus gros marché mondial de téléphones possédés, juste derrière la Chine.

Nous avons publié le mois dernier, en partenariat avec l’IDATE, la 3ème édition de la carte Ecosphère Telecom en Afrique qui retrace la dynamique des 54 pays africains du marché des télécoms. Pour chacun, on note les indicateurs en termes de taux de pénétration de mobile et de fixe, de la pénétration internet, et des opérateurs qui ont trouvé des intérêts à s’installer sur le marché africain. 

En nous associant avec le CIGREF pour organiser cet événement, notre ambition consistait à engager un échange direct opérationnel entre les grandes entreprises du CIGREF et les grandes administrations et entreprises africaines. Nous avons tant à partager, nous avons tant à échanger !

Un des moments importants de cette journée a été la table ronde animée par Georges Epinette, Vice-Président du CIGREF, Directeur Général STIME – DOSI du Groupement des Mousquetaires, avec  quatre autres DSI de grandes entreprises ayant des filiales en Afrique :

  • Francis Aaron, DSI de Bolloré
  • Patrick Hereng, DSI de Total
  • Marc Renaud, DSI de Veolia Environnement
  • Roger Adom, DSI d’Orange pour la zone EMEA

Les perspectives d’innovation SI pour le continent africain

 

Patrick Hereng, DSI de Total

Chez Total, on est très confiants dans le continent africain et dans les ressources africaines. On n’en parle pas autant que de l’Inde, la Chine ou l’Asie, mais on voit des évolutions assez rapides dans ce continent. Actuellement, on est en train de faire de l’Off Shore en Afrique du Nord, au Maroc, avec une très bonne qualité de compétences. Il y a une grande capacité intellectuelle et d’innovation en Afrique.

Sur les systèmes d’information et sur l’informatique, il faut quand même reconnaître qu’aujourd’hui, beaucoup d’innovations viennent plutôt des Etats-Unis que des autres parties du monde. L’Afrique est de ce point de vue là au même niveau, si je peux dire, que la France. Par contre, on peut imaginer une grande possibilité d’innovation en particulier dans les usages. Je pense que ce continent peut nous apporter une capacité à bien utiliser ce qui existe et donc à développer des usages économiques performants, des solutions avec une approche différente.

Ce sont ces différences de culture qui permettent d’enrichir et d’innover. Je suis très confiant sur la capacité de ce continent à progresser.

Francis Aaron, DSI de Bolloré

Les deux mots importants sont rusticité et agilité. Chez Bolloré, ils sont dans nos gènes. L’agilité, parce qu’on évolue en permanence, et une des règles dans le groupe, c’est de bouger très vite. On l’a vu dans les différents métiers, on est capable d’apprendre des métiers nouveaux en quelques mois.

Donc, tous nos systèmes d’information sont basés sur des principes de rusticité, de flexibilité et d’évolutivité. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, dans nos systèmes d’information, on sait qu’on a une technologie qui va nous offrir de nouvelles facilités. Là où l’on était, je dirais bloqués par des problèmes d’infrastructures Télécom, demain on va pouvoir offrir des services un peu plus larges parce que les infrastructures sont présentes.

Alors, reste la partie innovation produit, présente avec chacun de nos pays africains parce que c’est la maîtrise d’ouvrage, ce sont eux qui sont maîtres d’ouvrage sur le terrain, eux qui sont en face des problèmes de tous les jours et qui sont capables de nous aider à inventer des solutions nouvelles. Donc ça c’est important. On a appris à développer beaucoup de choses à partir de notre travail sur les terminaux portuaires d’Abidjan. On a développé des produits que maintenant on utilise dans le reste du monde à partir de l’expérience africaine. Donc l’innovation produit est là.

L’innovation organisationnelle, je dirai qu’elle est permanente aussi. Peut-être à des niveaux un peu différents, mais l’organisation, c’est quoi ? Ce sont des hommes et des cultures ! Il faut s’adapter à chacun, et je crois que ce sont les règles de l’Afrique. Celui qui pense qu’on va arriver dans n’importe quel pays en appliquant les recettes qui sont mises en œuvre dans le pays d’à côté, il se trompe ! Il faut s’adapter à chacun des pays et être le plus près possible du mode de fonctionnement, des usages des gens, des cultures des gens. Là aussi, je dirai que chacun nous apporte sa connaissance du terrain avec des méthodes d’organisation qui sont adaptées pour traiter le business dans ce pays.

Marc Renaud, DSI de Veolia Environnement

Je connais bien le Maghreb et je pense que l’avenir, c’est de ne pas être modeste. Au travers de ce que j’ai vu en matière de systèmes d’informations, mais pas que, je pense qu’il y a en Afrique une forte capacité à se développer et à amener des services sophistiqués. On le voit bien avec des DBO qui rendent des services clients ludiques. Pour l’innovation, tout n’est probablement pas à chercher sous l’angle des technologies, mais aussi dans la capacité à s’adapter, dans les processus, dans la capacité de lire les usages. Cela paraît important et en tout cas, nous, c’est ce que l’on cherche à faire assez naturellement.

Nous sommes une entreprise qui est très proche et qui cherche à rester très proche du local. Notre objectif, c’est de développer des réseaux qui peuvent être des réseaux d’expertise, qui peuvent être des endroits où les expertises se manifestent, qui peuvent être des réseaux beaucoup plus managériaux. Je pense que, en développant une vision multiculturelle, on gagnera énormément, en tout cas dans le développement de nos métiers, qui sont, il ne faut pas l’oublier, des métiers de services.

Roger Adom, DSI de Orange pour la zone EMEA

Je vis en Côte d’Ivoire et je pense qu’il faut être très optimiste, parce que je travaille avec des informaticiens et qu’ils sont très compétents. Le bémol, c’est comment pérenniser le savoir ? Comment savoir qu’une innovation, qui était bien faite, on peut la conserver, travailler sur la question documentaire, sur le dossier management ? Ce sont des questions sur lesquelles il faut travailler. Il y a aussi des jeunes qui travaillent sans compter leur nombre d’heures, du lundi au dimanche, jour et nuit et donc je pense sincèrement qu’il faut être vraiment optimiste.

C’est vrai qu’on a un système où les entreprises forment beaucoup. Les jeunes rentrent avec un certain niveau de compétences dans les entreprises, qui leur amènent la formation nécessaire parce que le marché ou l’Etat n’arrive pas forcément à pouvoir donner ce savoir-là, ou pas complètement. Vu le dynamisme de l’entreprise, on a tout lieu d’être optimiste, et je pense que l’innovation, la réactivité des informaticiens africains fera date, ça j’en suis persuadé.

Georges Epinette, Directeur Général STIME – DOSI du Groupement des Mousquetaires

Pour fréquenter un peu les DSI Africains, je vois qu’effectivement il y a un vrai potentiel, il y a une volonté, un désir d’apprendre, de comprendre, d’entreprendre, de créer, de construire, ce qui est tout à fait stimulant pour nous. On peut prendre des leçons tous les jours, parce qu’effectivement, avec la foi qui nous anime, le continent africain pourra faire de belles choses en matière de création d’entreprises, d’évolution des systèmes d’information, tout ça c’est vraiment tout à fait stimulant.

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