Entre innovation et résistance au changement

Le premier forum IT dédié au « business » a rassemblé à Courchevel les acteurs du secteur pour aborder la nouvelle place des technologies de l’information au sein des entreprises, et les conséquences sur leurs stratégies, leurs modèles d’affaires, leurs cultures d’entreprises, leurs responsabilités sociétales… Concrètement, aborder la problématique globale que nous évoquons sur ce site, celle de « l’entreprise numérique » !

Des résistances au changement à l’enthousiasme, des risques aux opportunités, comment l’entreprise doit-elle, peut-elle agir et réagir ? En relayant les travaux de ce forum, en vous invitant à partager vos réactions et vos expériences, essayons de mesurer les risques à embarquer dès maintenant dans ce train du changement et ceux à rester sur le quai…

Une innovation exogène à l’entreprise

Les chiffres et statistiques à eux seuls, même s’ils sont des indicateurs pertinents, ne suffisent pas à éclairer les choix du dirigeant d’entreprise face à une remise en cause fondamentale de la stratégie de son entreprise, avec toutes les conséquences, les bouleversements que cela suppose pour sa culture d’entreprise. D’autant que, comme l’a indiqué Serge Soudoplatoff, « Ce qui déstabilise le monde de l’entreprise, c’est que l’innovation est exogène à l’entreprise » ! Elle est en effet tractée par des usages issus de la sphère privée, à partir de technologies intégrées dans des outils grand public.

Les risques, notamment ceux lié à l’irruption des réseaux sociaux dans la stratégie de l’entreprise, ont été évoqués. Yann Padova, secrétaire général de la Cnil elle-même présente sur Facebook et Twitter, a expliqué qu’il pouvait être dangereux de confier sa vie privée à un inconnu dont l’avatar est un canard ! Une étude a en effet révélé que 46% d’individus accepteraient un « ami » inconnu dont la photo du profil serait un canard… Il souligne également le paradoxe qui fait que l’on s’indigne quand l’Administration crée un fichier, au regard des 20 millions de comptes Facebook en France, ce qui fait du réseau social le plus grand fichier de données personnelles.

Pour autant, toujours selon Yann Padova, si une entreprise ne captait que 10% des 25 millions d’amis Facebook de Justin Bieber, elle se ferait un fabuleux fichier de prospection !

De la « vie privée » à la « vie intime »

Albéric Guigou, spécialiste de l’E-réputation, fait la différence entre ce que l’on appelle la « vie privée » que l’on présente par exemple sur Facebook, et la « vie intime » que l’on souhaite préserver. Il tord également le cou à une idée reçu qui voudrait que notre e-réputation s’inscrive à jamais sur le web. Pour l’entreprise comme pour le particulier, il existe des moyens technico-juridiques de gommer les erreurs de jeunesse et les diffamations. Selon lui, l’entreprise serait plus menacée par des dénigrements de ses salariés sur les blogs et les forums que sur les réseaux sociaux. Il pense même qu’une entreprise qui ferme la porte des réseaux sociaux est virtuellement condamnée, tant en termes d’attractivité que de création d’intelligence collective.

Pour Véronique Durand-Charlot, Directrice des Systèmes d’Information du groupe GDF SUEZ, le secteur de l’énergie, longtemps contraint par les directives européennes, avait accusé un certain retard en matière de technologies de l’information. Or, elle pense qu’il est urgent de répondre à la pression des collaborateurs qui ont besoin d’échanger sur l’ensemble du Groupe, entendre leur demande d’outils collaboratifs. Pour cela, il faut très vite maitriser et introduire ces technologies. Les marchés aussi poussent en ce sens.

Facebook, le « chasseur français » aménagé !

Dominique Wolton, sociologue spécialiste de la communication et des TIC, relève que la question posée par la généralisation des outils technologiques est moins l’accélération et la multiplication  des échanges d’information que la capacité de la chaine hiérarchique à s’adapter. Pour autant, il souligne que « l’homme est ainsi fait que nous ne changeons qu’extrêmement lentement… les cultures, les sociétés, les théologies, les représentations, les croyances, les visions du monde, les patrimoines, les conceptions de la culture n’évoluent que très lentement ». Il ajoute encore : « Facebook est le « chasseur français » aménagé ! », avec une légère différence d’échelle certainement…

Selon Laurent Szuskin, « les données personnelles sont le plutonium des réseaux sociaux » ! D’ailleurs Dominique Wolton insiste sur le besoin de réglementer l’information du web : « …ce qui s’est établit comme perversion en 15 ans, dit-il, c’est que la liberté de l’information par internet devait se faire sans aucune réglementation. C’est exactement l’inverse, si l’on veut préserver la liberté de l’information et l’émancipation, il faut un minimum de règlementation. Sinon on connait le résultat, c’est la loi de la jungle qui est contreproductive. C’est un enjeu politique ».

« Crowdsourcing »

Laurent Szuskin, avocat spécialiste du Droit de l’informatique et des télécommunications (Baker & McKenzie) s’est penché sur le « Crowdsourcing » : « …externalisation d’un besoin (R&D, conception, test d’un produit ou d’un service avant qu’il ne soit commercialisé), vers la foule qui a envie d’investir dans un projet, ou de s’investir par l’apport d’idées, par l’apport de création. C’est généralement une foule éduquée, qualifiée, qui a accès à internet… ».

Avantages et contraintes de cette tendance de participation et d’investissement collaboratifs, qui s’exprime et fonctionne, à l’exemple de « My Major Company », société de production de musique dont tout le monde a entendu parler. Avantages, l’entreprise, en recevant les avis et le soutien du plus grand nombre, s’oriente dans des choix de produits et services testés et appréciés. Elle bénéficie d’un « buzz » naturel qui simplifie ses actions marketing. Côté contraintes, des garde-fous juridiques sont à prévoir pour éviter différents écueils fiscaux par exemple, ou de spécificités juridiques propres à un contexte donné.

Construire l’innovation participative

Dans le même registre de construction d’innovation participative, mais interne à l’entreprise, David Richard, Directeur performance chez Orange relate l’expérience de création d’un réseau social interne, baptisé « e-declic ». L’objectif était de « passer à un style de management plus coopératif. Et bien sûr contribuer à la performance économique de l’entreprise ! ». La vocation de la plateforme e-declic était de mettre en relation deux communautés, celle des salariés de l’entreprise pour proposer des idées, et une autre constituée d’experts pour analyser et faire vivre ces idées. On peut résumer succinctement le premier sort jeté sur cette idée par le classique « ça ne marchera jamais » ! Pourtant, en 3 trois mois plus d’un tiers des collaborateurs s’étaient inscrits et avaient déposé 15.000 idées !

Pour la petite histoire

les participants installés dans la salle de conférence, à l’abri du beau temps régnant à Courchevel, n’étaient pas totalement coupés du monde ni totalement passifs devant les intervenants s’exprimant à la tribune… une plateforme interactive « Evenium ConnexMe » permettait de réagir en direct par messages visibles à l’écran et de tweeter en synchro pour le monde extérieur. Pour ce faire une petite idée de l’ambiance et de la réactivité, on peut consulter les Tweets échangés avec le hashtag du Forum : #IT4B.

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2 Comments
  1. Tru Dô-Khac

    Un exemple d’innovation participative, l’Open Survey.

    Nous désignons par Open Survey une pratique probablement inédite de réaliser les enquêtes :
    1. les statistiques ne sont pas réservées jusqu’à la publication de l’étude mais mises à jour en temps réel et immédiatement partagées avec le répondant dès la fin du questionnaire
    2. pour ne pas pénaliser les premiers répondants, les statistiques sont publiés à 3. les commentaires sont recueillis dans un lieu neutre, ouvert et de confiance tel que les réseaux professionnels.

    Deux enquêtes ont été lancées : sur la valeur réelles des Best Practices de gestion de systèmes numériques et sur la pertinence du modèle de gouvernance de SI “Maîtrise d’ouvrage-maîtrise d’oeuvre”

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